Quand l’idée de cet article m’est venue, j’ai tout de suite eu en tête les quelques points dont je vais vous parler plus bas — parce que je les vis moi-même.
Et puis j’ai décidé de lire des articles similaires, et j’ai été un peu peinée de découvrir que la plupart des points soulignaient des évidences que — j’imagine — le commun des mortels aurait réalisées par lui-même : non, en effet, télétravailler avec la télé allumée en fond n’est pas des plus efficaces.
Mais ça, je pense que vous vous en rendrez compte en approximativement 3 min 🙃
J’ai lu aussi le “je peux travailler quand je veux dans la journée”, ou encore “je vais pouvoir téléphoner quand je veux”.
Ces points soulevés semblent avoir été écrits par des auteurs qui ne vivent pas le télétravail : parce qu’ils relèvent de l’évidence même.
Dans cet article, je ne veux pas vous parler des évidences, donc, mais bien des petits détails qui s’insinuent dans votre quotidien de télétravailleur, et que vous — ou en tout cas moi, c’est certain — n’aviez pas vu venir.
| Continuer de travailler, coûte que coûte
Si vous avez lu cet article, sur la naissance de cette plateforme, vous n’êtes pas sans savoir que l’arrivée du télétravail dans ma vie — et dans celle de beaucoup de gens — a été grandement influencée par la crise du COVID (oh, ça y est — damned — j’ai dit le-mot-que-je-ne-voulais-jamais-dire).
Et je suis donc très rapidement tombée dans le premier piège du télétravail qui consiste à avoir le COVID, mais continuer de travailler quand même 🤡
C’est un comportement que j’ai vu se reproduire chez d’autres collègues télétravailleurs : le fait de ne pas avoir de transports pour se rendre sur son lieu de travail (donc moins fatigant quand on a 39 de fièvre) et de pouvoir travailler sans risquer de contaminer ses collègues sur place. Ces premiers avantages poussent à se dire “Bon finalement, est-ce que ça vaut vraiment le coup de poser un arrêt pour si peu ?” (Et je ne cite pas les jours de carence dans certaines entreprises.)
J’ai même découvert qu’une enquête, réalisée par l’Observatoire du télétravail, avait souligné que 76 % des personnes interrogées affirment avoir déjà télétravaillé tout en étant malades.
Des amendements votés dans le cadre du projet de loi de financement de la Sécurité sociale introduiraient aussi la possibilité pour les médecins de prescrire du télétravail dans l’optique de réduire les arrêts maladie (assez fou, non ?).
Quand on est malade, le corps a besoin de repos. Avec le télétravail, la limite à ne pas franchir pour ne pas “travailler jusqu’à l’épuisement” est plus floue.
| Avant, je buvais plus de café
… Principalement parce que deux fois par jour, j’avais quatre collègues qui passaient me chercher à mon bureau pour aller faire une pause.
Du jour au lendemain, ce rituel s’est effacé de mon quotidien professionnel et je ne m’en suis même pas rendue compte.
Encore maintenant — après plus de 4 ans en télétravail — je peine à me donner le temps de prendre des pauses dans ma journée. Non pas parce que je suis toujours débordée, mais parce que les heures défilent et je n’ai aucun élément extérieur (“perturbateur” diraient les plus pessimistes 😄) qui m’interrompt dans mon tunnel.
Mon métier — se résumant dans les (très, très) grandes lignes à rester assise derrière un écran 7 h par jour — me permet même de considérer comme “une pause” le fait de regarder une vidéo Youtube. Toujours assise. Toujours derrière mon écran.
Et pourtant, je ne cesse de lire sur les bienfaits de faire des pauses.
Et là je parle de vraies pauses : se lever, marcher, prendre un café (ou un “matcha” pour les citadins) : c’est bon pour le corps, cela réveille l’attention, détend les muscles (évite les maux de dos à 32 ans).
Et c’est aussi bon pour l’esprit : faire une pause permet de regagner en motivation après avoir coupé 15 min avec sa journée de travail.
| Prouver que l’on mérite sa place
Je n’ai pas vécu cette expérience personnellement — probablement parce que toute mon équipe est en 100 % télétravail (en “remote” comme on dit), ce qui nous met tous sur un pied d’égalité où une certaine confiance règne. Mais j’ai beaucoup lu sur le sentiment d’illégitimité de nombreux salariés à faire du télétravail.
Il en résulte alors un sentiment de devoir prouver sa productivité au point de travailler davantage. Cet article parle même d’une augmentation du temps de travail pouvant aller jusqu’à 2 h 30 par semaine, pour prouver à l’environnement professionnel que le choix du télétravail est le bon.
Ces tendances sont bien sûr accrues dans des entreprises au cœur desquelles l’équipe managériale n’a pas ou très peu confiance en le télétravail.
Je me souviens d’un client anti-télétravail qui exigeait au moment du confinement une visio matin (9h) et soir (17h45) avec mon équipe, pendant laquelle chacun devait expliquer ce qu’il comptait faire de sa journée (et ce qu’il avait accompli pendant sa journée). Un discret (ou pas 🙃 ) moyen de vérifier notre présence derrière nos ordinateurs du début à la fin de la journée, ainsi que notre productivité.
Dans les articles dont je vous parlais au début, je vous disais que la plupart citaient des pièges que j’estimais “évidents” — on retrouve un point commun dans beaucoup : le fait que les principaux “pièges” souvent cités comme dus au télétravail sont tout aussi possibles en présentiel : dans les bureaux de votre employeur, vous pouvez aussi passer 2 h sur Facebook sans que personne ne s’en rende compte. Chez votre patron, vous pouvez aussi prendre une pause d’1 h et personne ne sera pénalisé — à part vous et votre charge de travail.
Le télétravail n’invente donc pas grand-chose : il souligne certainement des traits de notre quotidien que l’on voyait moins avant. Et peut-être que les comprendre, c’est déjà commencer à mieux vivre cette nouvelle façon de travailler.